La France a un sens élevé du souvenir mais la France ne commémore pas pour du vent. Si je n’étais pas afro-descendant, la célébration de l’abolition de la traite par la France ne me laisserait pas aussi perplexe que je le suis une nouvelle fois encore cette année.

Je me suis toujours demandé par quelle alchimie les auteurs d’une barbarie aussi cruelle que l’esclavage et la traite négrière, pouvaient, grâce à une opération de charme, s’attribuer à l’occasion, des lauriers pour l’avoir prétendument stoppée. 

En appliquant le même principe à l’Allemagne, cela reviendrait à célébrer la capitulation des nazi avec l’intention d’être applaudis parce qu’on compte créer une fondation qui gèrerait un musée en mémoire des victimes de la Shoah… Naturellement, pour clore le tout, on trouverait un juif allemand suffisamment établi dans le gotha politico-économique allemand pour conduire le projet.

Avouez que vous seriez étonné de voir les israéliens  applaudir une telle communication. Encore moins célébrer la nomination de leur compatriote dans le cadre de la mise en œuvre d’une démarche aussi suspecte que déplacée …

En effet, comment ne pas s’étonner de voir des enfants d’Afrique se réjouir de ce que la France compte installer une fondation en mémoire de la traite négrière, sur son territoire et en se servant de notre intelligentsia !

Biard_Abolition_de_l'esclavage_1849Suffit-il donc d’un discours édulcoré pour nous faire oublier qu’au travers de ce commerce ignominieux, c’est bien la dignité et la richesse des peuples noirs qui ont été braquées, prises en otages puis réduites à presque rien ? Le fait que Schœlcher ait vraisemblablement fait interdire le massacre transforme-t-il d’office le bourreau en héros ?

Au vu de nos réactions en face de ce nouveau tour d’attrape-nigaud, le calendrier m’a justement fait penser à un vrai héros, Bob Marley le panafricaniste. Lui qui encourageait les peuples martyrisés à se libérer d’eux-mêmes des chaînes de l’esclavage mental aurait eu fort à faire avec le suivisme atavique de la plupart des « africons » qui infestent nos rangs. Je ne me suis pas trompé de mot, j’ai bien dit « africon ».

Suffit-il donc d’un discours édulcoré pour nous faire oublier qu’au travers de ce commerce ignominieux, c’est bien la dignité et la richesse des peuples noirs qui ont été braquées, prises en otages puis réduites à presque rien ?

Alors que leurs voisins réclament dédommagement et rétrocession de nos biens, les voilà, ces africons, en train d’applaudir ce qui apparaît bien comme un nouveau coup de stratégie pour achever notre tourisme et nos économies.

Pour peu que nous souhaitions y réfléchir un instant, posons-nous les bonnes questions. A qui profite un musée à Paris consacré à l’esclavage ? Nous rendons-nous compte qu’on arrivera à coup d’argent et d’influence à nous arracher jusqu’à la possibilité de nous approprier la gestion de la mémoire du viol que nous avons subi ?

Nous le savons bien. Dans la plupart des musées, le temps se fige l’instant d’une visite pour permettre aux générations d’aujourd’hui de regarder dans le rétroviseur du passé. Ceux qui conçoivent les musées racontent ainsi leur version de l’histoire. Le musée de Ouidah raconte sa version de l’histoire de la traite. Celui de Gorée aussi.  Que diable vient donc faire Paris dans cette symphonie des martyrisés ? Des enfants de Paris ont-ils été vendus contre des miroirs et des fusils pour aller cultiver des champs de Coton du côté des Amériques ?

Je n’arrive pas à me faire à l’idée que la ville des esclavagistes comptera dans les options de ceux qui chercheront à comprendre l’histoire de la traite en achetant des billets d’avions et en payant des frais d’hôtels et de visite. Cette concurrence déloyale qui s’annonce m’apparaît comme le coup de force de trop dans les relations hypocrites qui gouvernent nos liens à l’ancienne métropole.

On pouvait déjà se plaindre de ce que, durant l’esclavage et la colonisation, l’Europe ait pillé avec tout le reste, les richesses culturelles du continent africain pour achalander ses musées. En bonus, il nous faudra vivre avec le fait que l’un des nôtres va aider la France à se fabriquer un musée pour faire semblant de pleurer nos centaines de milliers de morts et de déportés.

Le musée de Ouidah raconte sa version de l’histoire de la traite. Celui de Gorée aussi.  Que diable vient donc faire Paris dans cette symphonie des martyrisés ?

Quatre cents ans de vampirisme ne suffisent donc pas. Chaque siphon encastré dans nos veines pour évider au profit de la gloire de la « mère patrie » vaut la peine de grandes festivités où les esclaves applaudiront la moindre action du maître sous le regard bienveillant des contremaîtres.

C’est vrai que l’Afrique commence à s’habituer à ce cinéma de l’horreur où Dracula est le héros mais on va quand même faire une demande à qui de droit. J’entends bien notre cher compatriote Lionel Zinsou.

Puisqu’il a le privilège de parler sa langue et d’être régulièrement nommé par lui, Zinsou  voudra bien dire de notre part à François Hollande que l’Afrique attend de la part de la France et des pays européens un dédommagement conséquent pour autant de siècles de pillage. Ensuite, ils pourront faire autant de fondations qu’ils veulent pour les intérêts qu’ils entendent poursuivre.

Maintenant, s’ils s’entêtent à n’en rien faire, qu’ils ne s’étonnent pas que toute notre misère émigre vers eux. Les rues de Paris sont un musée vivant pour leur rappeler au détour de la rencontre avec un boubou bambara qu’aucune stratégie humaine ne peut stopper ce que les fureurs de la mer n’ont pu arrêter.

Arnaud Karl Job

arnaudkarljob.com