Arielle Heaven
Arielle Heaven

En classe de 6e,je reçus ma première communion devant une multitude de foule composée de parents et amis . J’étais à Notre Dame des Apôtres, et ceci me dispensait d’avoir à aller au catéchisme les samedis comme les années précédentes. En 5e,ma confirmation se déroula beaucoup plus discrètement et le repas eut lieu dans la plus stricte intimité familiale. Après tout, c’est la communion le plus important et la foule savait que j’avais désormais ce « diplôme » qui m’autorisait à aller dans les rangs désormais les dimanches, comme les grands. Ce qui me plût au moins après ma communion, c’est que mon père cessa absolument de s’intéresser à ce que je pouvais faire de mes dimanches.

J’avais désormais la possibilité de faire la grasse matinée puisque l’homélie des prêtes, je la trouvais trop ennuyeuse et leur air sérieux doublé d’un français trop pompeux me faisait dormir durant toute la messe. A quoi bon dormir sur un banc si je pouvais rester dans mon lit ? J’étais désormais championne des réveils tardifs les dimanches et j’encourageais fortement ma soeur aînée à faire comme moi. Je ne comprenais rien de ce qu’elle voulait faire avec un « engagement solennel ». Alors parfois pour m’amuser,je l’enfermais dans la chambre exactement à l’heure où elle devrait aller à l’église. S’en suivaient ses cris puis les remontrances de Papa qui venait sauver sa petite princesse de mes méchantes griffes. J’admets que j’ai eu des occasions ratées de gifles, Dieu merci. Puis j’ai continué encore et encore. Après mon BAC, je rencontrai un groupe de jeunes hommes passionnés qui organisaient des séances d’enseignement. On y avait invité ma soeur le jour de son anniversaire et elle m’invita à son tour. C’était un rassemblement « évangélique ». Tout ce qui s’y disait était nouveau pour moi. Bizarre aussi. Donc chacun de nous aurait des dons de Dieu tantôt pour guérir les malades, prêcher la parole, intercéder par la prière? Ces jeunes me semblaient fous.

Et j’étais à une période où je n’aimais que les choses folles. Alors je les suivis désormais. Seule sans ma soeur.Presque tous les jours, toutes les nuits pour les veillées. C’est même pour eux que je préparai mon premier grand repas, pour environ 10 personnes. Mon père me l’aurait demandé que j’aurais catégoriquement refusé. Mais la rebelle que j’étais commençait à subir malgré elle quelques changements perceptibles dont ma famille se réjouit grandement à mon arrivée en vacances. Mes crises de colère avaient diminué, mes sorties s’étaient raréfiées, je demandais aussi moins d’argent à mon père parce que désormais je n’en gaspillais plus. Personne ne comprenait pourquoi les nuits je passais mon temps à prier au lieu de dormir. On se disait que j’avais intégré une secte, mais au moins tant qu’elle avait bonne influence sur moi, mon père se fichait royalement de ce qui s’y faisait ou disait. Ce que ma famille ignorait, c’est que la nuit je ne pouvais plus dormir. Je recevais désormais des menaces en rêve, menaces venant des membres de ma propre famille : des tantes, des oncles, des gens du village. Je les voyais me persécuter avec tous une seule question aux lèvres « Pourquoi as-tu accepté Jésus ? Ne sais-tu pas que tu nous appartiens ? Tu es Adangbé, prêtresse de serpent. Tu vas le payer cher ta trahison. » Je la payais.

Parfois la souffrance dans le rêve était telle que dans la réalité je me tordais de douleur. Je passais désormais la nuit chez des copines qui priaient pour moi dès que ça se manifestait. Jusqu’au jour où je fus prise de folie en vacances chez mes parents. Je me voyais, délirant, devant ma famille apeurée et éplorée. Je fus amenée chez un prêtre exorciste pour une neuvaine. Mes délires prirent fin et mes parents m’interdirent de remettre les pieds dans une « secte ». J’obéis quelques temps et je dormis en paix. Les dimanches reprirent avec leurs grasses matinées, et mes oncles/tantes disparurent de mes rêves. Seulement, ils avaient oublié que j’avais désormais une famille faite de copines qui priaient pour moi à Accra. Je repris le chemin de la « secte », découvrit avec les années qui je suis, je pris connaissance et conscience du prix payé par Christ qu’aucun serpent n’avait payé pour moi en allant à la croix. Je ne pouvais que servir un seul maitre. Je choisis le Créateur et non la créature. Quelques gifles la nuit pour m’intimider encore quelques jours. Mais j’avais désormais compris que c’étaient des gestes désespérés de perdants.

Cela fait à présent 6ans que je ne vis plus jamais aucun d’eux dans mes rêves. On se voit dans la réalité, se sourit, je mange à leurs tables et parfois avec plaisir dans leurs plats. Ce que je sais désormais et que je sais qu’ils savent : leurs coups n’ont pas pris fin parce qu’ils ne le veulent plus. Leurs coups ont pris fin parce qu’ils ne le peuvent plus. Tant que je reste où je suis, dans le camp que j’ai désormais choisi. Physiquement, nous appartenons à la même famille, je leur dois honneur et respect : Dieu l’exige dans la Bible. Mais spirituellement ils ont choisi être mes ennemis. Et ils savent ce que cela implique de s’en prendre à une protégée de Celui qui possède le plus puissant et le plus équipé bataillon du monde : l’Éternel des Armées. La peur a désormais changé de camp. Et j’appartiens au camp où on la cherche en vain sans la trouver. Le camp des vainqueurs. Le camp de Jésus…

 Arielle Heaven