Arielle Heaven
Arielle Heaven

Un soir vers 23h,je me promenais avec mon père. On déambulait dans le quartier en discutant de tout et de rien. Mon père aperçut au loin un maquis et me proposa d’y un prendre un pot. Au moment de traverser la voie, il me prit par la main et ne la lâcha plus jusqu’à ce qu’on vint sur notre lieu de rafraîchissement. Je riais d’une blague qu’il venait de faire quand je sentis un regard posé sur moi. Lorsque je me retournai, je vis l’un des cousins de mon ami,juste à quelques pas de moi. Sur son visage ,je pouvais lire un mélange de plusieurs sentiments : stupeur, mépris, joie. Stupeur parce que c’est le dernier endroit auquel il s’attendait à me voir à cette heure de la nuit, mépris parce qu’il se disait certainement « Oh la petite garce, elle joue à la sainte nitouche le jour pour sortir avec les hommes mariés la nuit », joie certainement parce qu’il se voyait en train d’annoncer le scoop à son cousin et à tous ceux qui ne connaissaient pas ma <véritable> nature. Je lui ai fait mon plus beau sourire en agitant la main puis je me suis confortablement installée avec mon père.

Nous en étions à notre dernier verre quand mon beau- cousin, sans doute surpris que je fasse preuve d’un tel manque de gêne devant lui,vint à notre table avec un petit air arrogant et sûr de lui. Il hocha brièvement la tête en direction de celui qu’il croyait être mon amant et me regarda avec un air « Je t’ai attrapée la main dans le sac. Tu auras des comptes à rendre. ». Imperturbable, je lui ai dit  » Comment vas-tu? Je te présente mon père. Tu prends un verre avec nous? » Le temps d’achever les présentations avec mon père, j’ai vu son regard passer du mépris à la confusion puis de la confusion à la honte. Il venait de comprendre qu’il s’était bonnement planté. Son regard plein d’excuses à mon père était le clou du spectacle. Il a balbutié quelques mots puis s’est précipitamment éloigné de notre table. J’ignore si c’était pour aller réparer les dégâts qu’il avait déjà commencé à enclencher mais c’était le dernier de mes soucis. J’ai tranquillement fini mon verre et je suis rentrée.

Certains diront que j’ai la chance qu’il soit venu vérifier ses impressions. D’autres diront que ce n’est pas forcément évident qu’il ait pris la peine de mettre fin à la rumeur qu’il a peut-être commencé à lancer. Ce matin, je pense à toutes les réputations et tous les foyers détruits simplement parce que quelqu’un a cru surprendre untel ou untelle dans une situation qui semblait compromettante mais qui en réalité n’en était pas une. Je pense à tous ceux qui se sont vus méprisés du jour au lendemain sans savoir pour quel motif et sans même avoir l’opportunité de se justifier. Je pense à tous ceux qui croient bien faire en dénonçant les autres, croyant ainsi protéger la dignité et l’honneur de leurs proches. La Bible leur dit à eux qui dénoncent, qui s’érigent en justiciers sans que personne ne le leur ait demandé « Tout est permis, mais tout n’est pas utile. Tout est permis mais tout n’édifie pas.« ( 1 Corinthiens 10:23)

 Arielle Heaven